maurin_et_la_spesa

les oeuvres sont en réserve

Aller se faire pendre… janvier 6, 2011

Rituel, St Pierre de Vacquière

Catalogue Casanova Forever Été 2010
Édition Dilecta – FRAC Languedoc-Roussillon

Avec le soutien de la DRAC LR et de la Région Languedoc-Roussillon

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La Spesa : Ces repérages en immersion totale nous font des journées harassantes, tu ne trouves pas ? Que n’avons-nous pas perdu depuis notre rencontre ? déconstruit, égratigné de notre centralité d’être ?

Maurin : Un entraînement au voyage s’imposait si nous devions quitter une existence fruste mais familière pour l’intensité d’une exploration sauvage…Un effritement des frontières, une plate-forme de travail collaboratif : nous avons su nous délester du non-nécessaire, voilà tout !

On peut prendre la décision simple de n’être plus… comme on est par habitude, les enfants de ses parents, quoi ! Voyez comme la lumière change tout à coup, et le piqué de l’air… Partez, les prénommés, les familiers, ceux qui ne nous font pas rire ! ceux qui sont humiliés du peu et qui subissent le drame d’être nés… Patrick et Fabienne, Simone et Jean-Michel, laissez-nous à notre fin de toilettage, sérieusement, ça nous a pris du temps de nous désencombrer, et souvent il faut s’y reprendre à deux fois, l’infortune est une matière brute, et le machinal si enraciné ! La mue pour un plumage du renouveau ! Un bien fou ! Une légèreté avec ça…

On a envoyé se faire pendre les deux autres, pour une fois habillés de dimanche, eux et leur cortège des siècles derniers, du bois et des clous ! oui Monsieur, même que le cocher (c’était un employé municipal pas des plus futés), il savait même plus comment monter l’attelage… Le fait est qu’il n’y avait plus personne autour, à un moment, et qu’il a fallu que les deux autres (les morts) reviennent pousser et tirer leur carrosse, sous l’œil goguenard de chacun son corbeau, pour avoir une chance d’aller dans le trou, de disparaître, et qu’on n’entende plus parler d’eux, jamais, de toute façon ils n’étaient pas la fierté de leur famille, en plus ils s’étaient toujours débrouillés pour faire les déracinés, sur un si petit territoire, je vous le demande ! De petits grincements dans les rouages forts et huilés de la grande organisation, celle des pères et des fils et des mères et des filles.

On les avait virés à plusieurs reprises, au bord du chemin, ou sur le pas de la porte, lors d’un rituel composite : une suite codifiée de rites piochant effrontément dans le domaine social, privé, profane et sacré. Ils partaient bien sûr, mais trop insolents pour être honnêtes, ils nous défiaient : Pas cap ! pas cap d’inventer d’autres histoires que vos « rêveries » inhumaines, les féériques et les monstrueuses confondues, nées de vos cerveaux juste humains ! Ces motifs sont froids maintenant, on n’est plus au siècle de Lucien, ni même dans les fresques du XIV ° siècle,  le public doit faire preuve de trop de bonne volonté !

Nous : Ces motifs sont plus vivants qu’on ne croit, il faut jeter au sol toutes ces croyances infâmes : l’aventure de soi ne peut être poursuivie qu’à ce prix ! Nous refusons d’avoir à nous défendre de mettre en scène in fine, une orgie de l’ego et de la complaisance… Nous ne prêtons pas nos noms à des doubles fictifs, nous renommons nos êtres essentiels en marche…On peut être ennemis des impostures et travailler l’irrationnel, la superstition, le surnaturel…

Eux : Des boniments ! On s’tire !

Nous : Mais c’est vrai ! Nous sommes devenus des « démoniques » : un espace imaginaire avec en guise de médiation folklore ou mythologie de l’étrange, où les artistes, seuls, vont tenter de forcer les portes d’un monde interdit…

Eux : On voit, une de ces constructions de légende, de personnages héroïques à admirer, … Nous, ces narrateurs-là, ils nous donnent plutôt envie de rire, ils nous font subodorer leurs non-pouvoirs, leur pathétique envie de s’émanciper, de se sortir de là, car ils sont faits comme des rats, et ils simulent un combat !

Nous : Mais c’est l’engagement de l’artiste : c’est lui encore qui doit s’y coller, mentir peut-être, mais faire croire et croire (ce qui donne l’élan) : le paradoxe du menteur ! La magie des choses, la transmutation des objets et des situations !

La Spesa : Tu as vu le capitonnage de notre cercueil ? Tellement glamour finalement.

Maurin : J’ai du mal à en juger, il fait très noir ici.

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Nos voeux 2011

Rituel, St Pierre de Vacquière Rituel, St Pierre de Vacquière
Photographies Emmanuel Chastang
2010

 

A répéter à chaque début d’année : dire adieu aux choses anciennes !

Au commencement, tout est facile.

Bonne année 2011 à tous ceux qui seront arrivés jusqu’à cette page.

 

D’où viens-tu Johnny ? janvier 9, 2010

Maurin et La Spesa mai 2008 // Johnny’s Wetlog: Signature

Un point l’inquiétait pourtant : Maurin & La Spesa étaient-ils conscients que leurs objectifs une fois décrits dans le scénario de départ plutôt utopique faut-il le préciser : organiser avec une petite association peu connue et sans trop de moyens une exposition d’œuvres prestigieuses détenues par des collections publiques ou des galeries parisiennes huppées et ce dans un délai assez court…, ils allaient devoir user de toute leur inventivité pour se sortir de cette situation qu’ils avaient eux-mêmes créée pour être en mesure de proposer de toute façon une exposition en septembre 2007 à la galerie ESCA de Milhaud -c’est-à-dire quelques mois plus tard !?

“La colonne de droite” disaient-ils “ sera un flux irriguant de bas en haut, le dernier article se positionnera ainsi au-dessus des autres, les immergeant dans le marécage des choses anciennes.” Ils utilisaient des images à résonance de Wetland, ce qui laissait deviner qu’ils passaient à ce moment-là leurs journées à arpenter le territoire d’accueil. “ L’accent sera mis sur le processus de création du projet artistique, le public sera témoin semaine après semaine des aléas de sa réalisation même… Nous l’adapterons aux circonstances !” ajoutèrent-ils, ravis de se voir attirés par les tourments de l’imprévisible pour un nouveau cycle de péripéties.

Petit à petit, le drame prenait corps. C’est préférable. Car rien ne déflore une histoire autant que de la raconter tout d’un trait. La bonne histoire consiste en choses à moitié dites… (Tortilla Flat-John Steinbeck)

Par la suite, Elisabeth K. put découvrir comment, par bribes, les 2 artistes rendaient compte de leur(s) exploration(s) : quasi touristique d’abord, le paysage, les noms des lieux, les sons, la gent animale…, et comment ils résistaient à la nostalgie des origines et de l’enfance, puis les échanges avec les institutions culturelles et les professionnels de l’art, censés participer au projet par le prêt des oeuvres et comment ils résistaient ici à tout ressentiment à la réception des réponses négatives ou à l’indifférence des interlocuteurs potentiels.
Il devint bientôt évident que M&LS préféraient jouer à immerger dans un canal de pays le bidon de “Laughing gas” trouvé sur le site de la galerie Loevenbruck à la page Werner Reiterer, histoire d’enclencher un processus de contamination du réel pour enivrer volatiles et ragondins, ou exprimer un irrépressible désir de fuite en détourant les draps noués par Cattelan la veille du vernissage de son exposition au château de Rivera et en les accrochant sur la tour Carbonnière d’Aigues-Mortes, ou encore piquer une critique élogieuse écrite pour Véronique Boudier par Arnaud Labelle-Rojoux dans l’Art Parodic’ et se l’approprier momentanément… Le tout bidouillé bien entendu at home, sur leurs fidèles ordinateurs, accompagnés par des airs de country-cow-boy éternels et libres de droit.
Mais les véritables questions posées resteront entre autres : “L’admiration grandit-elle celui qui admire ?”, “Quoi faire d’une bétaillère pleine de taureaux, si ce n’est une boite à meuh ?”, “C’est quoi être deux ?”, “Pourquoi le bâtisseur de ponts est-il proche du grimpeur de haute montagne ?”, “quel est le dénominateur commun de tous les fans ?” et enfin “de quoi est-il capable, l’homme sans cheval ?”
Elisabeth K. posa un regard apaisé sur son acolyte au travail, et s’accorda un certain sourire.

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D’où viens-tu Johnny ? // En ligne le Johnny’s WetLog//Printemps-Eté 2007 //Avec la complicité de panoplie.org

JohnnyWetLog (capture d’écran)

D’OÙ VIENS-TU JOHNNY ?   Maurin et la Spesa //galerie ESCA / Milhaud – ETE 2007

 

maurin et la spesa voyagent janvier 4, 2010

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« Créer « l’Album de famille » de notre planète… c’est une idée simple et merveilleuse ! s’écriaient les amis de Uwe Ommer*,  » et en plus tu feras le tour du monde !  »  ajoutaient-ils à peine envieux.

 » Pensant qu’ils n’avaient pas tort,  je  suis  donc  parti  » (…)

Les amis de Maurin et La Spesa connaissent leur attachement à rester à leur place, à éviter les déplacements inutiles : ces derniers créent des pollutions de l’air et du silence, ils obligent à une concentration contraignante, à un rapport à autrui critique et insultant, sans compter qu’il faut dormir dans des hôtels et autres lieux pas toujours recommandables …

« La nuit offrant une vie intérieure riche en rebondissements, gardons-nous des sommeils rendus légers par l’insécurité ou le bruit (non habituel) des populations alentour, ainsi que des rythmes différents auxquels nous serions contraints de nous plier. Cela dit en dehors de tout jugement moral, naturellement. » déclarent-ils régulièrement.

Reste le respect  (condition sine qua non d’un voyage optimum) du voyageur pour les traditions locales : rouler prudemment à droite, à gauche ou au milieu, c’est selon, respecter les incisions et ablations corporelles diverses subies par les populations, se réjouir des divertissements cruels et joyeux pur terroir, avec ou sans torture d’animaux (eux-mêmes locaux, malgré tout), subir et porter d’innombrables toasts à la santé et à la réussite de chacun : pas d’alcool, merci, non vraiment, merci, non nous ne voulons pas vous blesser, excusez-nous, pardon, non,  pas d’alcool, non,  même pas un petit, merci, non, (etc.), traiter avec diplomatie tout ce qui porte l’uniforme dans les 5 continents, manger beaucoup et souvent pour ne pas décliner une invitation, tomber en panne, de préférence dans les endroits les plus isolés, trouver des mécaniciens débrouillards et honnêtes, rester bloqué des heures et des jours aux frontières récalcitrantes, éviter d’écraser cyclistes, moutons, chiens et autres piétons, contourner chameaux, buffles et vaches sacrées, éviter de marcher sur des serpents, tenter d’arriver quelque part avant la nuit, demander l’assistance aux maires, prêtres, directeurs d’école, imams et pasteurs, trouver des interprètes et les comprendre, apprendre 3 mots dans toutes sortes de langues et les oublier aussitôt, écoper des déluges, aborder des familles : dans la rue, au restaurant, à l’église, aux champs, à la plage, au golf, par téléphone, au camping, se faire soupçonner d’être voleur d’enfants venu repérer ses futures victimes, obtenir et faire prolonger des visas, se perdre dans la nature, maudire les cartes routières, gagner l’affection d’une bufflesse, regretter de ne pas avoir pu capter les images éphémères vues en passant, promettre de revenir un jour, partout !

Même les rencontres malencontreuses de bandits et voleurs de grands chemins font appel à des notions de courage et de religion un peu dépassées à leurs yeux. Pour le reste, étant donnée la difficulté avec laquelle Maurin et La Spesa se font des amis dans leur milieu naturel, il est peu probable que cela se présente en état de voyage, ou alors ce serait la gratitude pour avoir été secourus ou des malentendus pour cause de langue étrangère….

Uwe raconte qu’il faisait pleurer des petits enfants peu habitués aux « visages pâles » et aux « longs nez » et tentait parfois de faire sourire un éléphant : si Maurin et La Spesa font déjà pleurer les enfants à visages pâles de leur village, par désœuvrement plutôt que par pure méchanceté, ils trouveraient dégradant d’imposer des tics humains à une si grosse bête !

De retour de voyage, il faut ranger la précieuse quête (l’étranger, les étrangers, que sais-je), développer quantité de films en tous genres, et devant cette abondance, cette profusion, ce nombre, il faut accepter toujours un peu plus sa propre petitesse, interchangeable,  accepter que nous sommes « entre autres », rien d’irremplaçable, parmi, étouffés par le tout.

Et comme Uwe rentré sain et sauf 4 ans plus tard avec 1251 portraits de famille, tout surpris par l’hospitalité immense et l’enthousiasme sincère des familles à participer à « l’Album »…. Maurin et La Spesa sont déconcertés par cette bonne volonté qui se lit sur ces portraits de famille trouvés au hasard d’un commerce nîmois. Décidément peu enclins au départ, ils ont trouvés là matière à raconter leur voyage immobile à travers un monde très très peuplé.

Congénies, janvier 2002
* Uwe Ommer est photographe grand voyageur.


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Ce travail a été présenté à l’hôtel des Consuls -Uzès-30 dans l’exposition « What about Love boat » aux bons soins de l’association Artelinea en février 2002. Il était composé de photographies retouchées et disposées sur un mur, et d’un livret contenant le texte ci-dessus mis en page / édition épuisée.