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les oeuvres sont en réserve

Exposition HEM HEM novembre 17, 2012

Petite métaphysique empaillée

Avec quelques sculptures animalières, empaillées et néanmoins parlantes, Maurin et La Spesa investissent l’Espace Vallès. Une autruche au gosier dédoublé, clou du spectacle, offre au public le vertige possible d’une pensée pratique : tout ce qui nous reste en travers de la gorge, l’art peut-il l’évacuer ? Et si oui, comment ?

Maurin et La Spesa. Comme on dirait Tintin et Milou ou Gilbert et Georges… En l’occurrence
un homme et une femme, deux inséparables, un nom compacté, une mythologie en marche.
Depuis quelques années, Maurin et La Spesa ont hissé leurs patronymes accolés au rang de signature infalsifiable, voire de marque, n’hésitant pas à arborer à l’occasion un logo “M&LS“ assez pimpant. Au sein de cette multinationale bicéphale -à l’image de son autruche naturalisée- il est difficile de discerner qui fait quoi, qui décide, qui a le dernier mot. Modeler, peindre, parler, filmer… Il est sûr en revanche que M&LS produit une gamme d’objets de consommation esthétique étendue, et paie de sa personne, se mettant en scène à l’occasion dans une autofiction parfois acrobatique. Il est établi également que le duo aime la langue, ses jeux subtils, et se réfère à ceux qui l’honorent, aux écrivains, aux philosophes, Socrate, Rabelais, Shakespeare, excusez du peu. Il est constant enfin que M&LS pratique l’humour comme une sorte d’éthique allégée. Au début « par modestie », pirouette polie de ceux qui n’ont ni réseau ni « assurance de diplômés ». Ne pas se prendre trop au sérieux, ce qui ne veut pas dire n’avoir rien à dire. Ni se défendre de lorgner du côté des artistes, des mouvements, de l’iconolâtrie contemporaine, de l’institution, et d’y poser l’air de rien son regard critique. Mais chez M&LS le coup d’œil vire très vite au clin d’œil, histoire de ne pas s’appesantir. Viallat a son haricot, ils auront leur patate verte*. Quant à l’autruche de Maurizio Cattelan, ils lui sortent crânement la tête du sol et lui tressent un double cou, déplaçant le nœud du problème. Le nœud, parlons-en. Plus qu’une croisée ou un carrefour : un giratoire conceptuel, « un tuyau dans lequel passeront de multiples réalités naturelles ou culturelles, avalées ou vomies, absorbées ou régurgitées ». Tout ce qui bouche, obstrue, gêne le souffle, ce qu’il nous faut avaler, ce qui ne passe pas… Cette autruche en a donc vu passer, et a des choses à dire, sans doute peut-elle aider symboliquement à un formidable raclement de gorge, histoire d’évacuer les humeurs noires. Fort de son précédent combat contre la gravité**, M&LS est aujourd’hui en croisade drolatique contre la mélancolie. Une métaphysique empaillée que le père de Gargantua n’eût pas désavouée.

Danielle Maurel, septembre 2012

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Aller se faire pendre… janvier 6, 2011

Rituel, St Pierre de Vacquière

Catalogue Casanova Forever Été 2010
Édition Dilecta – FRAC Languedoc-Roussillon

Avec le soutien de la DRAC LR et de la Région Languedoc-Roussillon

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La Spesa : Ces repérages en immersion totale nous font des journées harassantes, tu ne trouves pas ? Que n’avons-nous pas perdu depuis notre rencontre ? déconstruit, égratigné de notre centralité d’être ?

Maurin : Un entraînement au voyage s’imposait si nous devions quitter une existence fruste mais familière pour l’intensité d’une exploration sauvage…Un effritement des frontières, une plate-forme de travail collaboratif : nous avons su nous délester du non-nécessaire, voilà tout !

On peut prendre la décision simple de n’être plus… comme on est par habitude, les enfants de ses parents, quoi ! Voyez comme la lumière change tout à coup, et le piqué de l’air… Partez, les prénommés, les familiers, ceux qui ne nous font pas rire ! ceux qui sont humiliés du peu et qui subissent le drame d’être nés… Patrick et Fabienne, Simone et Jean-Michel, laissez-nous à notre fin de toilettage, sérieusement, ça nous a pris du temps de nous désencombrer, et souvent il faut s’y reprendre à deux fois, l’infortune est une matière brute, et le machinal si enraciné ! La mue pour un plumage du renouveau ! Un bien fou ! Une légèreté avec ça…

On a envoyé se faire pendre les deux autres, pour une fois habillés de dimanche, eux et leur cortège des siècles derniers, du bois et des clous ! oui Monsieur, même que le cocher (c’était un employé municipal pas des plus futés), il savait même plus comment monter l’attelage… Le fait est qu’il n’y avait plus personne autour, à un moment, et qu’il a fallu que les deux autres (les morts) reviennent pousser et tirer leur carrosse, sous l’œil goguenard de chacun son corbeau, pour avoir une chance d’aller dans le trou, de disparaître, et qu’on n’entende plus parler d’eux, jamais, de toute façon ils n’étaient pas la fierté de leur famille, en plus ils s’étaient toujours débrouillés pour faire les déracinés, sur un si petit territoire, je vous le demande ! De petits grincements dans les rouages forts et huilés de la grande organisation, celle des pères et des fils et des mères et des filles.

On les avait virés à plusieurs reprises, au bord du chemin, ou sur le pas de la porte, lors d’un rituel composite : une suite codifiée de rites piochant effrontément dans le domaine social, privé, profane et sacré. Ils partaient bien sûr, mais trop insolents pour être honnêtes, ils nous défiaient : Pas cap ! pas cap d’inventer d’autres histoires que vos « rêveries » inhumaines, les féériques et les monstrueuses confondues, nées de vos cerveaux juste humains ! Ces motifs sont froids maintenant, on n’est plus au siècle de Lucien, ni même dans les fresques du XIV ° siècle,  le public doit faire preuve de trop de bonne volonté !

Nous : Ces motifs sont plus vivants qu’on ne croit, il faut jeter au sol toutes ces croyances infâmes : l’aventure de soi ne peut être poursuivie qu’à ce prix ! Nous refusons d’avoir à nous défendre de mettre en scène in fine, une orgie de l’ego et de la complaisance… Nous ne prêtons pas nos noms à des doubles fictifs, nous renommons nos êtres essentiels en marche…On peut être ennemis des impostures et travailler l’irrationnel, la superstition, le surnaturel…

Eux : Des boniments ! On s’tire !

Nous : Mais c’est vrai ! Nous sommes devenus des « démoniques » : un espace imaginaire avec en guise de médiation folklore ou mythologie de l’étrange, où les artistes, seuls, vont tenter de forcer les portes d’un monde interdit…

Eux : On voit, une de ces constructions de légende, de personnages héroïques à admirer, … Nous, ces narrateurs-là, ils nous donnent plutôt envie de rire, ils nous font subodorer leurs non-pouvoirs, leur pathétique envie de s’émanciper, de se sortir de là, car ils sont faits comme des rats, et ils simulent un combat !

Nous : Mais c’est l’engagement de l’artiste : c’est lui encore qui doit s’y coller, mentir peut-être, mais faire croire et croire (ce qui donne l’élan) : le paradoxe du menteur ! La magie des choses, la transmutation des objets et des situations !

La Spesa : Tu as vu le capitonnage de notre cercueil ? Tellement glamour finalement.

Maurin : J’ai du mal à en juger, il fait très noir ici.

 

S’agitant les grelots janvier 10, 2010

Edition Papiers Libres /été 2006

Duchamp des cirques, Hortense !
galerie ESCA, Milhaud

à l’occasion de « Chauffe Marcel » Manifestation organisée par le FRAC et le Conseil régional Languedoc Roussillon